29 juillet 2008
Peut-on défendre un pédophile ?
Par Céline SADAY
Hubert Poulin, avocat montréalais spécialiste du Droit du Travail depuis près de 40 ans, défend depuis quelques années des personnes accusées d’avoir commis des actes pédophiles.
Alors qu’il se tourne aujourd’hui vers l’écriture, l’avocat a décidé – une fois n’est pas coutume – de nous révéler les mécanismes de sa plaidoirie lorsque son client est un pédophile présumé.
Les clients d’Hubert Poulin sont frères enseignants, prêtres séculiers ou professeurs d’éducation physique. Leur principal point commun : le monde de l’enseignement.
Parce qu’ils ont souvent eu, eux aussi, une enfance difficile, ils veulent venir en aide aux enfants isolés et en manque d’affection et de reconnaissance. L’école est alors le cadre idéal pour approcher les enfants.
En manque de reconnaissance eux-mêmes et profitant de l’autorité que confère leur statut de professeur, ils succombent à la pureté virginale des enfants ou au culte du corps. C’est sans doute cela le plus difficile à admettre.
« Ils aiment les enfants, mais ils les aiment mal » prétend l’avocat. Ainsi, l’acte pédophile ne serait que le dérapage d’une relation amicale qu’un adulte peut entretenir avec un enfant.
« Leur technique est de développer un filet de pêche pour attirer l’enfant, un filet tissé d’affection et de bonnes intentions ». Parmi les frères incriminés, certains ont offert des cartes de hockey de collection, d’autres, ayant fait vœu de pauvreté, ont utilisé la carte de débit de la communauté pour emmener l’enfant manger au Mac Donald’s ou à la Cage aux Sports.
L’avocat, lui, n’intervient qu’après la dénonciation de l’individu suspect à
la Direction de
la Protection de
la Jeunesse (DPJ) et à la police.
Entre la première comparution, le moment de signifier si l’on plaide coupable ou non et l’enquête préliminaire, où
la Cour prétend disposer de preuves, le travail d’Hubert Poulin consiste, d’une part, à référer son client à un psychologue afin de commencer un travail de questionnement, et, d’autre part, à retarder la date de début du procès. Ceci pour, dit-il, « apporter de la justice à
la Justice ». Car selon l’avocat, la justice expéditive ne peut être une bonne justice.
Ce laps de temps permet au prévenu de travailler, avec l’aide de son psychologue, à identifier les éléments de son « filet de pêche » et à s’en éloigner, pour devenir un citoyen respectable à nouveau.
Car le talent d’un avocat n’est pas d’obtenir l’acquittement de son client, ce qui serait improbable dans un cas de pédophilie prouvé, mais d’obtenir la sanction la moins forte possible.
Dans le cas de la pédophilie, précise Hubert Poulin, la sentence se base sur deux éléments. D’une part, le crime commis et avéré, et d’autre part, le potentiel de dangerosité du prévenu pour la société.
Si l’accusé a commis les actes incriminés, il doit être en mesure de les admettre et de se resocialiser pendant un temps loin des enfants, comme l’alcoolique fuyant la bouteille.
« J’ai choisi cette voie avant tout parce que j’aime le social. La prison n’enraye pas la récidive », confit l’avocat.
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